Voyages

I am a poor lonesome cowboy

Oudomxai, départ les jambes lourdes de fatigue accumulée de la veille. Le parcours de la veille laissera des traces sur notre capacité physique à avancer aujourd’hui. Nous reprenons la piste caillouteuse et terreuse et prions pour que notre trajet ne se limite pas à cette surface difficilement praticable. 30 km plus loin enfin du bitume, même partiel, du bonheur. Nous entamons la montée du col du jour. Arrivés en haut du col, la route devant nous est relativement praticable, faîte de montées et descentes sur 60 km. Ce n’est qu’au bout de 70 km que nous trouvons un endroit pour nous restaurer. La poussière, au fil de notre voyage, laisse place à des couleurs chatoyantes et verdoyantes. Nous longeons une rivière (assez imposante) qui me fait penser à une rivière de décor de films de western. Nous passerons la nuit à Muang Khua éreintés une fois de plus.

Après la tour infernale la route infernale

8 heures du matin nous raccrochons nos sacoches (par précaution je rajoute des attaches supplémentaires) après la soupe qui nous sert de petit déjeuner. Cette étape de 80 km devrait être relativement paisible aussi malgré 2 cols. A peine lancés et échauffés nous sommes stoppés par des travaux. 20 minutes d’attente et le gardien nous laisse enfin repartir. La route qui nous mène vers notre premier col est une piste complètement défoncée sans nul autre revêtement que des cailloux. Nous monterons les 26 km de ce col en 4h 30. Une vrai GALERE en majuscule. Entre nous nous l’appelons « le col de l’enfer ». Pause et soupe avalée sur le pouce. Nous attaquons notre descente sur une piste infernale, du gruyère à l’état pur ce à quoi nous devons rajouter maintenant le trafic routier. Visibilité réduite au maximum en raison des voitures et camions qui soulèvent des nuages de dense poussière. Nous frôlons l’accident à tout moment. Le second col sera du même acabit. L’enfer sur route !!

Nous arrivons à la nuit tombante à Oudomxai après 10h30 d’intenses efforts physiques et de concentrations, las de fatigue. Je suis très surpris et admiratif par les performances de nos 2 compagnes de route. Cécile (femme de Patrick) et Gilette (femme d’Alain) non seulement roulent avec des vélos aussi chargés que nous mais trouvent le moyen de faire de l’humour dans l’effort. Chapeau Mesdames.

Zénitude

Notre arrêt à Luang Frabang a été bénéfique pour le corps et nous prenons le départ pour Paksong vers le nord et toujours sur la route 13. Cent vingt kilomètres paisible à souhait sans trop de dénivelés. Nous nous faisons toutefois surprendre le midi car sur notre route aucun lieu de restauration. Nous trouvons enfin une épicerie de fortune dans un village et ferons le bonheur de son propriétaire. Notre repas sera limité à une boîte de maquereaux à la sauce tomate et à un pain au lait. Arrivée sans encombre à Paksong je ferais une révision de mon vélo, cela frotte de partout, ma fourche avant a du jeu et mes porte-sacoches sont desserrés.

Lao-Lao 75 degrés

Phou Khoum notre chambrée se décompose du strict minimum, nous n'avons pas l'eau chaude et au niveau sanitaire le seau d'eau fera office de chasse d'eau. Je ne m'attarde pas à ma toilette qui sera succincte et à minima. En jetant un oeil sur la carte on ne peut que s'imaginer que notre journée sera rude. Nous prenons la route 13 qui traverse le Laos du nord au sud. Et en avant les premières pentes d'un col long de 17 km nous font face avec là encore des passages successifs à plus de 10 %. Les routes sont toujours aussi dures à la pratique (trous, débris, pollution, etc..) et Alain, l'un de nos aventuriers, a chuté dans le fossé par manque d'adhérence à la route. Grosse frayeur, pas de casse mais de vives brûlures, le bitume et la peau ne faisant pas bon ménage ensemble. Patrick, quand à lui, abîmera sa roue arrière dans un trou et redressera la jante, tant bien que mal, avec un caillou. C'est vers 17h30 que nous stoppons notre périple journalier avec 94 km au compteur (dont 57 km d'ascension) mais avec 45 km de moins que ce que nous avions prévu initialement. Nous trouvons refuge une fois encore chez l'habitant à 1355 m d'altitude. Pas de commodités à l'européenne, une paillasse et une couverture pour couchage. Notre repas se limitera à une assiette de riz accompagnée par une dégustation d'un alcool de riz local : Le Lao-Lao (aux alentours de 75 ° dur dur d'avaler).

Levé matinal au chant du coq, le manque d'isolation aux fenêtres (pas de carreaux, uniquement des persiennes) et la proche proximité de la route n'ont pas facilité notre récupération. Nous remercions notre hôte, repartons et faisons une halte un peu plus loin pour se revigorer avec une soupe (à base de quoi on ne sait) dans un bouiboui local. Notre destination Luang Prabang sur les bords du Mékong (fleuve principal du Laos) où nous nous accorderons une journée de repos. Sur ces 3 derniers jours nous avons dépassé les 1000 km de trajet, franchis 9 cols (les plus petits faisant 17 km) et totalisons 10.5 km de dénivelés. Dur le haut Plateau du laos.  

Plateau aux bombes

Départ pas très matinal de Phonsavant nous continuons notre route mais nous détournons un peu d'elle pour aller voir le Plateau aux bombes.

Ce plateau tire son nom des cratères "lunaires" laissés par la nuée de bombes larguées lors de la guerre du Vietnam (1963 - 1975). Un bombardement incessant, 1 toute les 8 minutes, 24h sur 24 et ce pendant 9 ans soit 80 millions de bombes déversées. Ces bombes comprenaient entre autre des mines antipersonnel. Le Laos étant le pays le plus bombardé on estime que 370 millions de ces mines ont été dispersées dans le pays. Aujourd'hui, 42 ans après cette guerre, des gens décèdent encore sous celles-ci et seulement 10 % du territoire bombardé semble sûr. Faute de moyens suffisant pour déminer l'ensemble des régions on estime qu'il faudra encore un siècle pour sécuriser le pays. 

Cette visite terminée nous rechevauchons nos bicyclettes pour rejoindre notre village escale. 11h30 quelques barbecues fument déjà et nous décidons nous aussi de passer à table. Le plat de viande arrive et nous passons à la dégustation. Les interrogations sur ce que nous mangeons, qui n'a pas vraiment de goût, vont bon train. Porc, Chien ou autre chose la réponse viendra de notre "cuistot de barbecue" qui nous présentera le plat cru : du rat ! Repas fini nous reprenons notre trajet. Jamais pris à défaut pour l'instant par le GPS celui-ci nous fait sortir de la route principale pour un chemin en terre battue. Pas enclin à suivre ce chemin nous décidons tout de même de faire confiance au GPS mais les conditions de routes vont vite nous faire déchanter. La route en terre battue a laissé place à un chemin forestier fait d'énormes ornières, nos sacoches frottent constamment par terre à s'en décrocher par moment. Notre décor, fait de rizières et de forêts, ne nous fait pas oublier les pentes très raides (18 %) nous obligeant à une forte entraide pour monter les vélos et pour passer les gués entre les rizières.

Nous avons mis 1h40 pour faire 10 km, les vélos, les sacoches et les bonhommes ont souffert sur ce parcours entaché par 6 chutes heureusement sans gravité. Pour finir cette journée nous retrouvons un semblant de route bien meilleure tout de même que notre chemin et nous passerons la nuit à 1400 m à Phou Khoum. 

Haut Plateau du Laos

Fini les hauteurs du Vietnam et après une nuit passée à Muang Kam (Laos) nous reprenons la route avec la traversée de multiples villages de montagne. Au passage de l'un d'eux, à la sortie d'une école, un groupe de gamins ébahis sautent sur leurs "vélos" et font un bout de chemin avec nous. Parlons-en de leurs vélos : ils ont beaucoup de mérite de rouler avec les roues voilées, pas de frein, ou pédalier et chaine hurlent par le manque de graisse et ou la selle, quand elle est existante, est branquignolante.

Cela reste toutefois le seul moyen de transport pour aller à l'école.

Je garde un souvenir mémorable de cet instant ou une petite fille (6-7 ans) a roulé à mes côtés pendant un bon moment. Elle avait un tee-shirt rose, des chaussures dépareillées et trop grandes pour elle ce qui ne l'empêchait pas de rouler en danseuse sur son vélo le tout accompagné d'un large sourire. Elle me lance, de sa timide voix d'ado, un bye bye avant de tourner à gauche pour rentrer chez elle du moins je le suppose.

Sortis du village nous ferons 7 km et entamerons l'ascension d'un col de 17 km qui nous mènera à 1200 m d'altitude avec des montées et descentes de 10. Nous continuerons à cette altitude pendant 60 km jusqu'à Phonsavan ou nous passerons la nuit. Le froid est bel et bien là en soirée, le polaire s'impose donc.

Welcome to Laos

Quoi de mieux comme cadeau de bienvenue que 3h30 de répit afin d'obtenir les visas de passage. Cela permet de récupérer de l'ascension des 22 km. Visas en main c'est reparti de plus belle. Sur des routes aussi surchargées en trafic, chaotiques et crevassées qu'au Vietnam nous entamons notre ascension de 31 km suivi de 5 km de plat. Cela mettra fin à cette journée interminable à 1495 d'altitude ou nous passerons la nuit.

Dans le vif du sujet

Ca y est nous sommes dans le vif du sujet : La Montagne !!

Nous quittons la route Ho Chi Minh pour rejoindre la route 15 qui nous fait arriver à notre premier col. Long de 8 km, avec une pente moyenne de 10 % et un vélo pesant 40 kg (pour ma part) il m'est difficile de suivre mes compagnons de route. Ne doutant pas de mes capacités mais ne comprenant pas un tel écart avec mes compères je pars en quête d'une réponse à mes questions. La réponse réside dans le développement de mon braquet ils utilisent un 26 x 34 et moi un 30 x 30 (explication pour les initiés) ; vu la difficulté il m'était impossible de suivre.

Nous continuons notre chemin vers Sam Son avec différents cols (de 7 % à 11 %). La route reste paisible, les seules rencontres maintenant se résument à des animaux (buffles, vaches, poules et poussins, canards, cochons & chèvres) de toutes tailles. Non gênés par notre présence nous sommes parfois obligés de faire un détour pour les éviter. Certains écoliers nous gratifient encore d'un sourire d'étonnement ou d'enthousiasme ou d'un bonjour.

Ce soir nous mangerons et dormirons à Khé Mét chez l'habitant. Arrivés à bon port, le village, autour de l'instituteur à l'anglais approximatif, est venu admirer nos cycles. Le "gendarme" du village s'approche de nous pour relever nos identités (sans les contrôler) et les inscrits sur son livre officiel. Une partie de ce petit monde nous accompagne à boire une bière (34° c aujourd'hui) et avons payé une tournée (240000 dongs soit 10 € les 24 bières). Pendant ce temps notre hôtesse du soir est partie au poulailler attraper 2 poules qui feront notre repas du soir. La nuit fut difficile une paillasse pour matelas, une couverture "maison", une isolation sommaire et un réveil très matinal au chant du coq (4h30).

Reprise du trajet avec ce soir un couchage à Muong Xén à 22 km de la frontière du Laos. 22 km d'ascension dont 8 km avec une pente à 10 % l'enfer pendant 3h30 pour atteindre le poste frontalier. Nous y voilà.

Adieu Vietnam bonjour Laos.

Et c'est reparti

Départ de l'hôtel à 8h30. Notre hôte nous laisse des provisions et un trop plein de bisous et remerciements. Loan tient un hôtel ou sa clientèle est principalement française, lui-même ayant appris le français dans sa jeunesse.

Notre destination SAM SON en passant par VINH LOC une belle étape de 100 kilomètres sans vent et plate. Nous quittons le brouhaha général et attrapons les petites routes de campagne. Le décor est planté et magistral. Champs de culture d'ananas, de canne à sucre et bien entendu de rizières ont remplacé le béton. Maintenant les rizières "mécanisée façon vietnamienne"  laissent placent aux rizières du "moyen âge". Des buffles tirent des herses en bois suivi par des centaines de femmes courbées et voutées plantant le riz à la main dans une eau boueuse qui doit être glaciale. Aux antipodes de ce qui se pratique de nos jours chez nous.

Malgré ces conditions de travail notre passage ne passe pas inaperçu et ces personnes, jeunes et moins jeunes, nous gratifient de sourires et de "Hello" à notre vue.

Sur notre chemin d'autres "équipages locaux" croisent notre route. Il est impressionnant de voir ce que les vietnamiens arrivent à transporter à vélo (cochons, bois, marchandises diverses et variées).

Aujourd'hui les vélos ont souffert des conditions déplorables des routes et les corps ont souffert de la chaleur (+ 28 c au plus fort de la journée). Le Laos se rapproche mais il faudra avant tout passer la montagne. Aucun regret de ne pas avoir pris ma remorque faute de ne pas avoir pu mettre un amortisseur supplémentaire à ma roue.

Arrivé à notre escale à 16h nous payons 100000 Dongs (l'équivalent de 4 euros) pour la nuitée et un repas du soir qui risque fort de se résumer à une soupe.

Pagode aux parfums

Jour suivant étape visite : nous ferons quelques kilomètres en nous dirigeant vers un lieu très prisé au Vietnam la Pagode aux parfums. A Flanc de la montagne des Parfums nous trouvons un  vaste ensemble de temples, de pagodes et de chapelles. Pour y accéder nous prenons nos billets et commençons la traversée (durée 45 mn) en barque et remontons les  méandres de la rivière de la Queue d’hirondelle. Prouesse exceptionnelle notre "conducteur" de barque est une conductrice vietnamienne toute menue.

Traversée effectuée nous sommes obligés de prendre une télécabine puis après la montée de quelques marches (1 petite centaine) nous découvrons une grotte gigantesque, haut lieu de culte et de prières des moines Tibétains, l'équivalent de notre Lourdes français. Après la visite de ce lieu atypique nous redescendons au village ou nous passerons la nuit.

En route (partie 1)

HANOI levé à 6h30 et après un petit déjeuner à la Viêtnamienne nous accrochons nos sacoches sur les vélos, faisons les derniers réglages et prenons la route direction le Sud.

La traversée d'HANOI, du nord au sud, engendre une certaine appréhension car celle-ci n'est pas sans risque physique. Ici le non-respect du code de la route (et des feux tricolores) semble être l'un des sports nationaux. Se frayer un chemin à travers ce flux de scooters ininterrompu n'est pas chose aisée.

Ouf 18 km plus tard nous sortons enfin d'HANOI sans accros et sans erreur d'aiguillage grâce à l'aide du GPS de mon coéquipier Patrick.

Arrivés à HA DONG nous nous accordons une pause méritée puis nous reprenons la route vers XUANG MAY (National 6 direction le Sud-Ouest). Le trafic est intense et la concentration maximale. Les scooters ont laissé place aux bus et camions, qui à vive allure, doublent et klaxonnent en même temps. 

Du village de XUANG MAY nous prenons une route plein sud appelée "Route HO CHI MINH" en direction du village CHO BEN, puis vers LA PAGODE HUONG. La route est exécrable, elle ne se décompose pas de "nids de poule" mais de "nids d'autruche" tellement les trous sont grands. Pour ne rien arranger cette route mène à une carrière d'extraction de roches massives ou des camions, en surcharge pondérable évidente et certains sur le point de perdre leur cargaison, peinent à avancer dans ce gruyère d'asphalte. Bien que surchargés nous-mêmes et n'avançant qu'à la force de nos mollets nous arrivons à les doubler sans grande peine.

Enfin !! Après 8 km interminables nous sortons de cet enfer routier recouvert d'une poussière très dense. Ce soir nous dormirons au village de TE TIEU, un bon décrassage ne sera pas un luxe.

Arrivé Viêt Nam

Le 22/01/15 :

A bord d'un A 380 flambant neuf je viens de poser le pied au Vietnam après un vol de 18h30 ; l'un de mes meilleurs vols depuis que je prends l'avion.

Le lendemain, après avoir monté les vélos, visite et repas au coeur d'HANOI. En soirée, prêt à repartir après une pause dans un bar à glace, un homme m'accoste en me demandant "si j'étais normand" ?

Interloqué je lui réponds que oui et lui fait part de mon étonnement. Celui-ci me dit avoir reconnu sur mon maillot le sigle de la Normandie. Ce Monsieur m'explique enfin qu'il a été cuisinier pendant 12 ans au restaurant "La Ferme de Cocherel" devenu depuis "le Bouchon de Cocherel" à Pacy sur Eure et que sa grand-mère habite encore Vaux sur Eure.

Le monde est vraiment petit !